30/01/2016 : intervention de Stéphanie Gaou à la Librairie Francophone, France Inter

 

Un très grand merci à Stéphanie Gaou de la Librairie Les Insolites (Tanger) pour avoir défendu avec ferveur "Et ton Absence se fera Chair" au micro de la Librairie Francophone sur France Inter ! À découvrir ici :

30/01/2016 : entretien de Siham Bouhlal avec Souad Mekkaoui, Le Maroc Diplomatique

Maroc Diplomatique : Votre dernier livre est un roman de passion, mais aussi de confessions que vous faites à l’homme que vous aimez au-delà des mots et au-delà de la mort. Serait-ce pour montrer que l’amour transcende la mort ?

Siham Bouhlal : Oui, c’est un roman de passion ou passionné, dont le thème central est un amour si fort qu’il refuse et empêche le deuil. Ce ne sont pas des confessions à Driss, il faut bien le nommer, car c’est à lui que s’adresse le roman, mais il s’agit dans «Et ton absence se fera chair» de lui raconter notre histoire telle que nous l’avons vécue tous les deux, mais telle que je l’ai vécue dans ma solitude et la sienne, dans mon cœur, dans mon âme et dans ce que j’ai pu entendre de lui dans son silence. Il s’agit de dire ce que le mal qui le rongeait m’interdisait de lui confier à l’époque. J’essaye de toutes mes forces de raconter même si les mots n’y suffisent pas et que la mort semble avoir triomphé. Mais à elle, je dis tu n’as emporté finalement que la chair, l’âme de Driss est là, intacte, vivante, fructueuse, empruntant avec moi les chemins difficiles de la vie. Vous savez, après lui, sans lui, tout a été difficile, tout est difficile, la blessure ne se referme pas et je combats toujours cette mort qui plonge les êtres dans l’oubli. Je lutte contre l’oubli de Driss l’homme privé, intime, merveilleux et l’homme des droits qui a tiré de toutes ses forces et au-delà de ses forces cette machine lourde et rouillée, celle héritée de ce que nous appelons «années de plomb». Il ne s’agit pas d’une quelconque volonté de montrer quoi que ce soit, mais d’ouvrir une mémoire tressaillant en moi, vivace, ancrée dans mon être et au-delà de moi, celle ancrée dans l’histoire de notre pays.

Écrire un roman, c’est en quelque sorte obéir à un déclic. Qu’est-ce qui a provoqué chez vous l’envie, peut-être même le besoin d’évacuer vos sentiments intenses à travers votre écriture ?

Je ne sais pas. Ce que je peux dire, c’est que le processus a été lent et douloureux. J’ai écrit des recueils de poèmes. J’écris comme je respire, comme je mange ou ne mange pas, comme je dors ou quand je suis frappée d’insomnie, j’écris car j’entends l’appel de la vie, mais le ricanement de la mort, je ressens la déchirure de son départ comme advenant à chaque instant, une déchirure physique aussi, spirituelle, silencieuse et criante… je ressens la séparation d’avec Driss comme nous avions vécu les derniers temps de son existence sur terre, nous avions eu une vie courte ensemble, mais dense, intense, à son image, à l’image de cette mort qui l’a vite raflé, à laquelle il n’a même pas voulu, ainsi était-il pas rancunier, posé et calme. Je ne sais pas si j’ai évacué tout cela, mais j’ai fini par comprendre que mon histoire avec Driss n’aurait aucun sens si elle ne m’orientait pas vers l’espoir, la vie, le chant, la danse, comme il aimait.

Pour reconstruire des souvenirs de la vie passée, la mémoire est mise à l’épreuve bien évidemment. Or, on voit que dans votre roman, la mémoire «de la chair» joue un rôle capital au point de plonger le lecteur dans votre intimité. À un certain moment, on a l’impression que c’est le corps malade qui insuffle la vie au corps sain. Est-ce le cas ?

Nous avons vécu ensemble, sous un même toit, alors oui le charnel et le spirituel se mêlaient forcément. Vous savez, je ne recherche aucune reconnaissance d’aucune sorte, nous avons vécu en plein jour, avec la bénédiction de mes proches, de mes parents, de sa famille, d’amis proches et surtout avec la parole de cet homme immense que nul ne peut remettre en question. Je l’ai accompagné tel que devait le faire une femme pour son homme et sans rien demander en retour.  Driss luttait pour la liberté, et en premier la liberté de la femme et il m’encourageait à écrire comme je l’ai toujours fait, avec sincérité, sans hypocrisie, mais sans provocation non plus que je refuse. Le Maroc est un pays qui nous dit avoir fait un grand pas vers la liberté individuelle, l’Islam lui-même est une religion où le charnel occupe une place de choix, alors comme une femme issue de cette religion, et une romancière franco-marocaine et une femme tout simplement qui a partagé la vie et les principes de liberté de cet homme qui a donné sa vie pour son pays, pourquoi n’écrirais-je pas de manière libre et sensuelle, les moments qui l’ont été. Mais il ne faut pas oublier que c’est mon histoire romancée, qu’il s’agit avant tout d’un roman, d’une autofiction, d’une écriture ouverte sur le rêve et l’amour.

Cette relation ou cette importance du charnel a persisté jusqu’à la fin, car aussi c’est dans sa chair que Driss souffrait. Être avec lui dans tous ces moments de chimiothérapie, etc… tout cela a surgi et en quelque sorte les souvenirs amoureux dans ce roman tentent d’apaiser les moments les plus difficiles, peut-être. Alors oui, même souffrant, Driss m’a fait apprécier la vie.

Peut-on dire que vous avez choisi la littérature comme outil pour exorciser une douleur vivace laissée par le vide et l’absence de l’être cher et pour faire votre deuil ? Serait-ce une catharsis ?

Comme je l’ai dit plus haut, j’ai écrit des recueils, «Mort à vif», recueil très violent où j’ai pris la posture d’une guerrière face au cancer et à la mort qui m’ont emporté ce que j’avais de plus cher. Les poèmes y sont courts, forts, violents et exprimant toute la colère que je ressentais vive à l’époque. Je ne me suis fait aucune illusion en commençant ce roman, allait-il me consoler, me reconstruire, remplir ma vie, m’expliquer pourquoi je dois accepter la perte, l’absence de l’être aimé ? Je ne crois pas, j’avais juste envie de parler encore à Driss comme nous le faisions et lui qui aimait tant les femmes, je voulais partager avec elles cette courte vie avec lui, faite d’amour, et décrire ma souffrance de cette séparation par la mort. Le deuil, je ne le fais pas dans ce roman, je ne le crois pas possible, tout comme l’oubli. Mais comme je l’ai appris de Driss lui-même, «Et ton absence se fera chair» est une sorte de réconciliation. Vous savez, rien ne pourra faire oublier aux détenus politiques la torture subie, mais avoir eu la possibilité de raconter a peut-être créé une sorte d’espace paisible où l’on peut se réfugier. C’est ce que je fais avec ce livre, une tentative de réconciliation ou de conciliation avec la mort de Driss.

En principe, quand l’adversité s’abat sur nous et que la maladie s’annonce, on a tendance à penser beaucoup plus au moment fatal de la séparation. En ce qui vous concerne, on a l’impression que la maladie et la mort imminente vous ont rapprochés encore plus. N’est-ce pas ?

Vous avez bien raison de parler d’adversité ou d’adversaire. Le cancer a donné le départ à une guerre contre ce mal, il fallait se battre et pour se battre il faut généralement garder l’espoir et avoir pour soi la certitude que nous avons les moyens de vaincre. L’intensité de l’amour que nous vivions, nous a permis aussi de rester soudés, de nous battre côte à côte. Nous étions déjà très proches, avec la distance qui était nécessaire à Driss et une certaine solitude qui lui était chère, mais là c’était différent, un mal le tirait avec férocité et il fallait de l’autre côté une force pour ralentir la machine infernale. Il y avait le travail des médecins, les amis, la famille, mais l’intimité qui était nôtre était plus que nécessaire.  C’est ainsi que j’étais dans le combat et n’ai pu voir tout ce qui se passait autour de nous qu’après la mort de Driss ou disons deux jours avant sa mort. Vous savez, cela a été rude, nous n’étions liés que par cet amour, notre vie ensemble, et dans une société comme la nôtre, cela a été difficile, il m’a fallu me battre seule dès qu’il était parti, mue par la seule force de cet amour.

Quiconque lirait votre livre sera marqué par l’intensité de la présence de cet être cher absent mais tellement présent dans votre vie et votre corps. Finalement, la mort n’a pas cette faculté cruelle de nous séparer des personnes qu’on aime ?

Seuls ceux qui sont morts peuvent dire ce qu’est la mort, nous ne le savons pas, moi je ne sais pas ce qu’est la mort. La mise en terre de Driss m’a certes et a priori définitivement enlevé son corps, mais jamais, jamais cette mort n’a pu me prendre ce que j’ai de plus cher, mon amour constant, le sentiment de sa peau, la délicatesse de son regard dans mes yeux, sa chevelure argentée, ses bras m’enveloppant, sa démarche si légère, celle que décrit le verset coranique «ceux qui marchent avec légèreté sur terre». Elle n’a pas pu me l’ôter de mon cœur, de mon âme, de mes yeux qui regardent souvent avec les siens, de mon esprit qui se souvient de ses enseignements, du «laisser courir», comme il disait, de l’amour du prochain. Cet amour justifie pour moi ma présence sur terre, ma vie encore, et les combats que je peux mener.

De prime abord, et même avant d’entamer la lecture de votre roman, on a un avant-goût d’une tragédie grecque où la mort du personnage central est programmée dès le début. Pourtant, votre subtilité, votre maîtrise des techniques de l’écriture et surtout votre prose et votre style imagé se combinent pour plonger le lecteur dans un bain d’amour et de passion oubliant la mort qui rampe tel un serpent froid. Était-ce pour souligner l’urgence de vivre le moment présent ou plutôt vivre profondément son amour pour emmagasiner un maximum de souvenirs ?

C’était peut-être là l’une des petites victoires sur la mort. De ne justement pas en faire une issue, une fin tragique, une sad end… mais de l’annoncer et de la dénoncer d’emblée pour raconter l’histoire de la vie, cette vie qui est vécue pleinement, dans le bonheur et l’accomplissement de l’amour, défie à jamais la mort. Dire que l’on a pu savourer un amour véritable en dépit de la mort est une grande victoire. Vous l’avez bien perçu. Ce n’est pas tant l’urgence de vivre le moment présent, mais d’accueillir et vivre ces instants de vie de grande qualité qu’elle nous offre de temps en temps, de savoir les reconnaître, de les prendre, de les serrer fort dans nos bras, et de les garder au fond de notre cœur et en bâtir un fort intérieur dans notre âme qui nous rendra plus résistants et qui nous fera dire à la suite de Gabriel Garcia Marquez : «J’avoue que j’ai vécu» et avec le peu d’années que j’ai passées aux côtés de Driss, j’avoue que j’ai vécu. Certains lecteurs ont eu le sentiment d’être en position de «voyeurs» ou «extérieurs» à certains moments du livre. Au début, cela m’a affectée, mais finalement je me dis que là il y a des choses auxquelles ils n’ont pu accéder et que ce sont ces choses-là que peut-être parmi d’autres non révélées dans le roman qui resteront miennes, qui elles-mêmes se refusent aux autres et leur donnent cette impression d’être extérieurs ou voyeurs et c’est aussi la preuve que la littérature, l’écriture fait aussi son chemin toute seule et s’octroie le droit de s’ouvrir ou se refermer. C’est l’enchantement, la magie, le divin de l’écriture. Et qu’un livre dérange, sans qu’on le veuille, c’est une belle performance.

C’est un livre où vous écrivez l’indicible et où vous transgressez tous les tabous. Vous n’aviez pas à un moment ou à un autre appréhendé la réaction des lecteurs sachant que la société marocaine, entre modernistes et traditionnalistes, tait cette zone rouge qu’une femme ne doit approcher ?

Vous savez comme il est difficile de parler de son histoire d’amour pour une femme, surtout quand le bien-aimé est un homme «public», et surtout, vous le dites dans une société comme la nôtre, mais je le fais et je prends ce droit, le droit d’être libre, en gardant une pudeur qui est la mienne, mais une franchise qui est celle de la romancière, celle que permet le rêve, l’espoir, l’amour.  Je dis mon amour sans censure, sans l’édulcorer, car il a été pur, sincère et fort. J’ai attendu huit longues années pour le faire. Il y a une chose que je voudrais dire aussi, et je le dis avec un grand regret, ce sont ceux qui défendent les droits, les libertés, ce qu’on appelle l’élite, qui manifeste sa réticence sinon sa violence face à un écrit comme «Et ton absence se fera chair», c’est une chose que je ne comprendrai jamais. Il faut être libre, mais pas trop, être une femme qui écrit, mais pas trop bien… Le peuple, lui, manifeste son émotion face à la douleur et à l’expression de l’amour sincère, je l’ai vécu le jour de l’enterrement de Driss, mais certains autres réagissent par calcul, par opportunisme ou pour des raisons qui ne m’échappent pas vraiment et dont je ne parlerai pas. Je suis connue pour ne pas aimer la provocation ni  la polémique, et puis je suis écrivaine, ce qui m’a importé aussi dans ce roman, c’est que ce soit aussi ciselé qu’un bijou amazigh, dans la langue française. Rendre hommage à un tel amour, à un homme comme Driss Benzekri devait mûrir comme ces délicieux tajines de l’Atlas, être aussi bien noué qu’un hanbal, aussi beau qu’il aimait la beauté. Des corps amoureux, y aurait-il sur cette terre quelque chose de plus beau ? La liberté et le courage ne se donnent pas, ils se prennent et on les défend tous les jours que Dieu fait.

La question de l’amour, du corps et du désir est au cœur de vos écrits. Est-ce que vous tentez de mettre à nu les espaces intimes féminins en vue de briser et de manière active un héritage lourd de traditions, de clichés, et rompre avec le conformisme ?

Je suis médiéviste, spécialiste de la littérature arabo-musulmane classique et les sujets de l’amour, du corps, de l’élégance sont mes sujets de prédilection. En travaillant sur les textes anciens, bien loin de nous, mais si proches du temps du Prophète, ou le précédant même, on mesure le degré de notre ignorance, de notre retard par rapport à ces sociétés anciennes concernant ces questions qui sont devenues, au fil du temps, ce qu’on appelle des tabous.

Il ne s’agit pas uniquement de l’espace féminin, mais le masculin aussi s’y attache et on ne peut libérer l’un sans libérer l’autre, c’est pour cela que je suis plutôt engagée, par mon écriture dans l’espace de l’humain. Comment les femmes et les hommes aimaient, comment ils aiment maintenant, comment ils se sont aimés, comment ils se sont haïs et se haïssent, car lorsqu’ils ne s’aiment pas ils se haïssent, ils rentrent dans le jeu du pouvoir. Je ne suis pas dupe, la femme a besoin d’être défendue, ses droits sont bafoués, celles des montagnes ou de la campagne me touchent le plus, je ne saurai l’expliquer, peut-être parce qu’elles sont les plus grandes oubliées, celles qui tiennent ce pays sur leurs bras, et on ne le voit pas. Je me battrai pour les femmes, pour ce pays que Driss m’a appris à aimer.

Ce que j’essaye de faire, c’est de revivifier un héritage qui donnait plus de droits à la femme et de combattre celui qui par ignorance veut lui faire porter le manteau lourd d’un héritage dont peu de gens saisissent la vraie nature. Et bien entendu, dans cet héritage ancien, il nous faut écarter, enterrer tout ce qui enlève une once de liberté à la femme et lèse d’un pouce son droit, il faut se battre bec et ongles contre les violences qui se nichent dans tous les Livres Saints, c’est ainsi hélas.

 



28/01/2016 : article de Souad Mekkaoui, Maroc Diplomatique

Peut-on oublier des moments qui se sont imbriqués en nous à faire partie intégrante de notre identité ? Peut-on faire le deuil d’un amour qu’on porte en soi telle une deuxième peau qu’on ne voudrait jamais quitter ? Peut-on se faire à l’absence d’un être cher dont la présence n’est que plus pressante ? Peut-on se défaire de la mémoire du corps quand les pores de la peau transpirent le souffle de caresses qu’on s’acharne à maintenir et à faire revivre ? Peut-on étreindre le vide et s’en emplir jusqu’à contenir toute une vie qu’on veut faire durer ?

« Et ton absence se fera chair » sorti aux éditions Yovana, est la meilleure réponse à ces questions qui, finalement, ne sont que rhétoriques puisque d’emblée, ce titre de Siham Bouhlal est plus que révélateur. De son deuil, elle fait le noyau dur de son ouvrage émouvant à plus d’un égard même si la diversité et la variété des thèmes traités au fur et à mesure de la narration en font  la richesse et la densité. Son deuil, elle l’écrit dans des mots qui ont la couleur de réminiscences récurrentes laissant transparaître toutefois sa douleur qui, au-delà des années, reste vive et béante. L’écriture a ceci de mystérieux, elle sait dire l’indicible, libérer le flux d’émois et d’effervescence et exprimer les souffrances les plus silencieuses.

Ce livre, né sous le signe de l’amour, de la passion et du deuil, est l’écrin d’une belle histoire d’amour qui va au-delà de la mort et vainc l’adversité qui sépare les personnes les plus proches. On peut dire que cette autobiographie ou autofiction a su faire d’une vie, même interrompue tragiquement et précocement, une romance pour l’éternité.

Echange avec l’outre-tombe

« Aimes-tu ce titre ? », « Aimes-tu ma vie ? », « Ton absence semblait me prendre par le cou comme un amant à l’improviste… » … C’est dans ce langage amoureux voire enflammé et en des termes bouleversants et palpitants que Siham Bouhlal s’adresse à son compagnon que la mort n’a pas réussi à éloigner. L’écrivaine refuse de troquer une passion fusionnelle vécue  dans une poétique de l’entre-deux contre l’oubli imposé par la séparation. Par ce livre qu’elle a écrit en huit ans, elle veut faire durer le souvenir vivace de moments qui ont fait son bonheur même quand la maladie s’est invitée cruellement dans le corps dont le sien était l’écho. Une douleur qui ne vieillit pas. Elle écrit pour retenir la mémoire d’un amour pur, tellement parfait qu’il ne peut disparaître bien que le bien-aimé ne soit plus là. A travers cette écriture, l’auteure remonte dans le temps et dans les souvenirs pour revivre une idylle incrustée en elle et gravée en lettres d’or.

Ce roman qu’elle dédie à un homme public, que tout le monde a connu pour son courage, son militantisme et ses valeurs, nous donne à voir l’homme humain, sensible et amoureux qu’il était et nous fait plonger dans l’intimité quotidienne et fusionnelle d’une vie à deux, un amour passionnel qui se veut éternel, une fusion autant charnelle qu’intellectuelle, à la vie à la mort. Pour rendre hommage à ce grand homme, elle partage son histoire avec les lecteurs, les moments d’une vie forte de sa complicité et de sa complémentarité dans la joie, mais aussi dans la maladie et la douleur. De ses maux elle a su faire des mots sublimes qui atténuent voire éclairent les ténèbres du vide et de l’absence. Un labyrinthe de sensations et d’émotions. Une prose qui nous transporte dans un monde parallèle auquel on accède à travers des volutes de sentiments tendres, sensuels, douloureux des fois tant et si bien qu’on est propulsé dans une intimité qui gêne parfois mais qui rallume la flamme de l’espoir et de l’amour. Du fond de son chagrin, elle lance un appel à la vie, à celle que son homme voudrait qu’elle mène, elle qui est restée après lui.

« A toi Driss voici notre histoire, romancée ou bien rêvée »

Dans « Et ton absence se fera chair », Siham Bouhlal a une quête, celle d’aller au bout de la mort qui, aussi cruelle qu’elle soit, nous arrache, à l’évidence, des êtres chers mais elle est incapable de nous extirper des souvenirs dont on se ressource surtout quand ils ont été l’œuvre d’un amour pur, puissant, passionné et passionnant.

En somme, ce roman est une ode à l’amour, un hymne que l’auteure a voulu chanter à celui qu’elle aime tant malgré l’absence. Par cet écrit poétiquement prenant, Siham Bouhlal déjoue les plans de l’oubli de ce vivant-mort et de ses souvenirs obsessionnels qui la hantent. Non, elle n’écrit pas pour oublier mais plutôt pour revivre encore avec et dans le souvenir de son homme. En s’adressant à lui à travers son roman, elle tente de comprendre et de se faire à l’absence, au vide et au manque. Mais durant les huit ans qu’a duré son écriture, elle ne faisait que chercher le moyen pour le ramener à la vie ou du moins pérenniser ses souvenirs dans son cœur et son corps. Avec Siham Bouhlal, on a la nette conviction que l’amour ne dure pas seulement « trois ans » mais il va au-delà de la pierre tombale.

 

 

25/01/2016 : article de Mehdi Ladidi, L'Économiste

Le deuil peut prendre plusieurs formes. Siham Bouhlal a opté pour un roman. «Et ton absence se fera chair» est l’histoire d’une femme et d’un long deuil qui ne veut pas prendre fin. Le troisième personnage principal est quelqu’un qui a laissé une trace ineffaçable de l’histoire du Maroc. A en lire ce roman-fiction, l’on ne sait plus si la perte de Driss Benzekri, un certain 20 mai 2007, a été plus douloureuse pour le pays ou dans le cœur de Siham Bouhlal.  


Poétesse aguerrie, avec plus d’une dizaine de recueils à son actif, Siham expose une douleur en optant pour une première fois pour le genre littéraire qu’est le roman. Mais, tout comme son deuil inachevé, elle ne se défait pas de la poésie. «Certains disent que “Et ton absence se fera chair” est un long poème d’amour et de deuil… Pourquoi pas? Je n’ai pas vraiment ressenti le glissement entre la poésie et le roman, même si je suis décidée à l’appeler roman et que je l’ai écrit comme un roman», explique l’auteure. Mais y a-t-il plus éloquent que la poésie pour renseigner sur les états d’un cœur meurtri? Peu importe la réponse. Le style de l’écrivaine est délicat, mêlant fragilité et raffinement. (Il a quand même pris à l’auteure 7 ans de travail). On y découvre une grande peine, puis au fil des pages, une lueur d’espoir. Sans tomber dans l’exhibitionnisme ou la vulgarité, l’écrivaine raconte aussi une passion brûlante entre un homme et une femme qui transcende la simple sexualité pour la vêtir d’une enveloppe presque sacrée. L’érotisme reste un thème fort chez la poétesse. Elle lui avait déjà d’ailleurs dédié un recueil de nouvelles, «Etreintes», publié en 2012 cher les éditions Al Manar.
Le roman reste intéressant à lire même si l’on n’est pas spécialement «fleur bleue».  Il est vrai qu’il expose une sensibilité et une beauté lyrique infinies, mais il donne également des détails intimes d’un nom inscrit aujourd’hui dans les manuels de l’Histoire. Si l’on a connu le plaidoyer de Benzekri pour les droits de l’Homme et son acharnement pour cicatriser les blessures qu’a laissées le plomb, c’est l’occasion de savoir quel genre d’homme il était pour sa compagne, ses proches, lors des derniers mois de combat contre le cancer. «Chaque homme n’est pas tout à fait le même dans sa vie privée, celle de Driss était néanmoins très courte, puisque la masse de travail qu’il avait grignotait sa vie personnelle. C’était un amoureux merveilleux, mais un homme public aussi, donc il fallait le comprendre et l’accepter. Driss avait horreur de la jalousie, des scènes de ménages. De tout ce qui gâche  la vie en somme, et j’étais d’accord avec lui, même si parfois je me laissais déborder», témoigne la compagne. L’engagement politique reste une pièce maîtresse dans ce livre. «Driss n’était pas l’homme des résultats immédiats, il avait une vision pour son pays. Il œuvrait pour un Maroc de l’avenir, du futur, d’une autre génération. Il ne cherchait pas la reconnaissance immédiate. D’ailleurs ce n’est que folie de croire que l’on puisse changer un pays d’un revers de la main. C’était un homme qui prenait son temps, et c’est une des leçons majeures que j'ai apprises de lui».

 


Le livre a été publié par les Editions Yovana, un jeune éditeur basé dans le Gard, à Bagnols/Cèze. Il est disponible à 150 dirhams au Carrefour des livres et au Maârif Culture à Casablanca, chez Kalila Wa Dimna à Rabat, chez Chatr à Marrakech et à la librairie des Colonnes à Tanger.

12/01/2016 : Grand Format du Maroc Diplomatique

 

 

Le Maroc Diplomatique nous a fait l'honneur d'accorder un grand format à Siham Bouhlal et son roman-hommage à Driss Benzekri, Et ton absence se fera chair.

À découvrir de toute urgence !

02/12/2015 : second entretien à Libé.ma : "Dans le Coran, il est dit que Dieu est Lumière"

Abondance de biens ne nuit pas ! Voici un second entretien donné par Siham Bouhlal à Libé.ma, plus axé sur l'actualité du moment.

Quelle  est votre réaction après les attentats de Paris ? 


Siham Bouhlal : Ma   réaction   face   aux   attentats   de   Paris   est   celle   bien  entendu   de l’horreur.   Mon   fils   était   coincé   au   stade   avec   les   autres.   J’étais triplement touchée, en tant que mère, en tant que citoyenne française et en tant que personne humaine. Et plus que jamais, et je l’ai dit à   plusieurs  reprises,   je   pense   que   chacun   doit   prendre   sa responsabilité. Les religions, les idéologies posent des problèmes, la religion musulmane n’en déroge pas. Il existe des brèches dans les textes qu’il nous faut colmater, car c’est par ces fissures que les plus extrémistes   passent   leurs   messages   de   haine,   leur   nid   se   fait   là-dedans, quoi qu’on dise. Il nous faut ajuster les textes à notre contexte actuel, l’islam en arrivant l’a fait aussi, ce n’est pas pour rien qu’il y a ce   qu’on   appelle   les   asbâb   anouzoul   (les   circonstances   de   la «révélation» de tel ou tel verset) et qui ne concernent que le fait précis et la période particulière. Le Coran n’est pas un texte fermé, et comme dans d’autres textes religieux, il s’y trouve aussi beaucoup de violence, liée à des moments précis de son histoire, des versets sont venus   effacer   d’autres   versets,   Dieu   est   l’exemple   même   de   la tolérance, de la remise en question…mais qui le comprendra ? 

L’islam a sauvé les petites filles qu’on enterrait vivantes, parce qu’elles étaient   filles…Il   a   montré   le   chemin   vers   le   changement   et l’évolution, son message n’a jamais été de revenir en arrière. 

Vous savez que c’est une grande question et tout ce que je pourrais dire ici   ne   suffirait   pas.   Il   faut   renouveler   les   mentalités   et   prendre conscience de l’époque où nous vivons. La question de   l’héritage est   un   bourbier   impossible,   alors   qu’il   suffirait  de changer   les   lois   y afférentes que même   en   ayant annoncé avoir trouvé  une troisième   voie,  vous verrez que certains brandiront la question de la Qawâma, et même si elle est liée à celui qui entretient le foyer (revenez au verset arrijal qawwâmouna aala anissâ’bi mâ anfaqou…), vous verrez que l’on s’arrêtera, et toujours à l’avantage   des   hommes,   à   ce   fameux   «wabima   faddala   allah baadahoum fawqa baadin bidarjât"). 

En lisant votre titre « Et ton absence se fera chair », le lecteur est invité à pénétrer dans un labyrinthe. 

La vie est un labyrinthe et heureusement, le livre l’est aussi, puisqu’il est sous toutes ses formes l’expression de la vie. Si vous voulez parler de la richesse des thèmes, de leur diversité, peut-être est-ce un labyrinthe. Il s’agit effectivement dans «Et ton absence se fera chair» de raconter mon histoire d’amour avec Driss Benzekri, la lui raconter à lui, je m’adresse à lui, comme nous avions l’habitude de parler tous les deux, de discuter, de partager, alors oui, le livre, comme nos discussions est à tiroirs, et il s’agit pour moi aussi, ou si vous voulez, pour la narratrice, de comprendre, huit ans après le départ de son amant, ce qu’elle a vécu, comment elle l’avait vécu et de dénouer une boule de laine complètement emmêlée. Elle redécouvre son histoire en racontant à son amant. Peut-être ce livre se situe-t-il entre la poésie, le récit et le conte, je ne sais pas ; tout ce que je sais, c’est que je l’ai écrit comme un roman. 

Dans votre nouveau travail, la question de « la perte », de l’« absence » et de « la mort » est toujours présente. Est-ce une obsession ? 

Vous voulez dire par rapport aux thématiques qui me préoccupent généralement dans mes autres livres ? Non, ce n’est pas une obsession ; il s’agit de raconter l’histoire douloureuse d’une perte, d’une mort, d’une séparation irréparable, celle d’avec mon bien-aimé, Driss Benzekri. Plus que de décrire cette perte, cette absence, il s’agit de les comprendre, de me résigner à cette vérité qu’il est parti et de trouver comment le ramener. J’ai longtemps refusé le deuil, la réalité, attendu son retour, huit ans ont passé et je sais maintenant qu’il n’a jamais quitté ni mon cœur, ni mon esprit et que mon corps fut et pouvait encore être son réceptacle et cette absence devient présence à travers mon corps à moi, à travers le corps de la langue, dans mes mots qui garderont son souvenir toujours renouvelé et présent.


Avez-vous vaincu la mort ? Vous avez dit «Aller au bout de la mort, dans la mort… ».


Qui le pourrait ? Vaincre la mort ? Oui, j’ai essayé et je ne l’ai vaincue qu’en m’y résignant et en déplaçant la mémoire de Driss Benzekri dans la mienne, en disant toujours, en écrivant toujours, en lui racontant à lui notre histoire, son histoire, en partageant avec lui l’amour que j’avais pour lui, l’amour de la terre rouge de Aït Ouahi, l’amour de ce pays. Vous savez il aimait ce pays plus que sa vie, il aimait Sa Majesté le Roi Mohammed VI et il a donné celle-ci pour la patrie et Sa Majesté, mais il m’a appris aussi comment aimer mon pays et mon Roi, comment composer avec l’ami et l’ennemi dans le seul intérêt de la patrie. 
Alors oui, je rends hommage à Driss Benzekri dans ce roman, en partageant notre histoire avec les autres, Marocains ou non Marocains d’ailleurs. Car il s’agit avant tout d’une histoire d’amour pure, puissante, véritable, d’un combat avec le cancer, de la lutte d’un homme dénué de sa qualité d’homme public. Ici, Driss est un homme tout simplement qui aime et qui combat la mort, mais glisse lentement vers la rive que chacun connaîtra, dans la solitude la plus absolue, celle de la mort.


Jamel-Eddine Bencheikh disait  de Siham Bouhlal qu’elle est «poète et passeuse de cultures. Ses poèmes frémissent comme les algues qui s’élancent puis s’enfouissent au cœur d’une marée secrète. » Vous êtes toujours dans cette posture poétique ?


Je ne sais pas. Existe-t-il une posture poétique ? Il y a la poésie, il y a le poème et j’ai toujours la même passion pour la poésie, le même désir d’écrire le poème, de le dire, j’éprouve la même nécessité d’écrire. Vous savez, d’aucuns ont dit que «Et ton absence se fera chair», n’est autre qu’un long poème, et dans une certaine mesure, je ne dis pas non.


Votre travail de médiéviste vous pousse-t-il à chercher votre identité pour  la transmettre  aux nouvelles générations ?


Je ne sais pas. Je sais qui je suis, heureusement d’ailleurs, pour l’instant en tout cas… car je suis moi quand j’écris, quand je parle, quand je marche, quand je mange. Je ne recherche pas une identité et l’écriture est un territoire plus vaste pour que l’écrivain ne s’enferme dans une seule identité. Vous savez, être un caméléon n’est pas toujours péjoratif. 
Maintenant, oui, mon travail de médiéviste a une importance cruciale de nos jours, ou du moins le but qu’il se fixe l’est. Comprendre d’où nous venons est une nécessité en ces temps où de toutes parts on essaye de nous dire comment nous devons vivre ou ne pas vivre, de nous engouffrer dans l’obscurantisme et nous le vendre pour paradis. Vous savez, dans le Coran, il est dit que Dieu est Lumière, je ne vois pas de place à l’obscurité des plus rigoureux ou de ses assassins nommés Daech dans cette religion, dans nos vies, sur cette terre. Alors oui, j’espère que ma contribution dans le domaine médiéval continue à jouer son rôle, celui d’allumer une petite lanterne en ces temps sombres. 
Et ce dernier roman ne fait autre chose. C’est un hymne à l’amour sous toutes ses formes, un chant d’amour et de liberté, que je dédie à toutes les femmes et à surtout à toutes les belles femmes de mon pays.


Aujourd’hui, traduisez-vous toujours des textes comme «Le livre de Brocart» (Gallimard 2004) ou « L’art du commensal » (Actes Sud, 2009) ou vous consacrez-vous à un autre travail ?


Je travaille toujours sur des textes semblables ; je travaille sur un essai sur les parfums anciens, et je m’attèle en ce moment aussi à renouveler l’intérêt pour «Le livre de Brocart», il est d’une actualité étonnante. Je finalise la traduction de «Tentative de vie» du merveilleux Mohamed Zafzaf, qui est un livre particulièrement visionnaire, qu’on devrait lire et valoriser. 
J’ai un autre projet de roman également, mais en cet instant précis, je souhaite de tout mon cœur que mon dernier roman, confié à une jeune maison d’édition du Sud de la France - Driss Benzekri donnait leur chance aux jeunes et croyait en eux, et je voulais que ce livre lui ressemble jusqu’aux moindres petits détails - soit lu par un large public.

29/11/2015 : podcast sur Radio Orient

Entretien de Siham Bouhlal réalisé par Issa Makhlouf pour l'émission « Confessions », sur Radio Orient : à télécharger ici !

28/11/2015 : "Un parfum d'éternité"

"Il y a un réenchantement de la vie qui est opéré de manière prodigieuse par Siham Bouhlal." Merci à Jean Zaganiaris pour cet article d'une grande sensibilité.

"Il y a quelque chose de très proustien dans le dernier texte de Siham Bouhlal, racontant son histoire d’amour avec Driss Benzekri. Dans l’un des volumes de la Recherche, Proust déclarait que les morts ne meurent jamais vraiment, tant que la mémoire les fait vivre parmi nous. La littérature est sans doute la meilleure arme en faveur de la vie. Ce que l’on y grave, romancé ou rêvé, a un parfum d’éternité. Avec un talent qui mérite d’être souligné, Siham Bouhlal nous plonge dans l’intensité d’une passion. Il ne s’agit ni de faire pleurer le lecteur en décrivant la souffrance d’une femme confrontée à la maladie de son conjoint, ni de faire le deuil d’un être cher à travers les procédés d’écriture mais de garder la vie de celui qu’on a aimé parmi nous. Un océan de larmes a voulu sortir de sa bouche, dit Siham Bouhlal, mais elle l’a ravalé. Il valait mieux parler du charme des moments passés ensemble, de la sensualité et des corps se désirant ou faisant l’amour, même dans le contexte de la maladie : « Le bain à l’antiseptique, nous deux dans notre salle de bains à Rabat, nos corps nus qui se lavaient mutuellement dans un tumulte de rire, la simulation d’ébats sulfureux, les baisers sous la douche comme au cinéma ». Malgré l’absence, les gens que l’on aime ont une présence. Leur corps est là, invisible. Si l’on imagine bien les choses, on peut même les toucher lorsque nous nous endormons le soir et que notre âme est entre chien et loup. L’auteure nous parle d’un rapport proprement « charnel » à ces disparus que l’on portera éternellement en nous : «Je t’étais charnellement liée, comme si mon corps, extrait de ta chair, en avait été subitement séparé. Je ne vivais que dans le rêve de ton parfum, de ton goût, je ne savais plus comment consoler mon corps, tout entier suspendu à ton souvenir ». C’est avant tout dans notre âme que les gens deviennent immortels. Surtout lorsque la plume se livre à la reconstruction charnelle du passé, des souvenirs, des moments inoubliables passés ensemble. Il y a des héritages que personne ne pourra nous ravir. 
Que peut-on arracher à l’adversité, aux meurtrissures du destin ? La force d’un amour invulnérable et les moments de joie, vécus comme des éclaircies au milieu de l’orage : «Le contact de ta peau était devenu une souffrance – tu souffrais dans ta chair -, mais aussi une jouissance, celles des ultimes caresses volées à la maladie et au temps ». Le texte raconte avec beaucoup de tendresse la complicité de ces amants affrontant ensemble l’annonce de la maladie, les contrôles des médecins, les hospitalisations. Il y a un réenchantement de la vie qui est opéré de manière prodigieuse par Siham Bouhlal. Avant l’hôpital, il y a ces moments précieux où l’on dévore une pyramide de chocolat et de fruits confis. La vie nous brise, nous malmène, nous déchire les entrailles. Mais il y a des moments de grâce ; il y a des instants où un sentiment sublime envahit notre cœur : « Nous étions restés là, deux jours et deux nuits à nous aimer sans fin et allant si profondément dans la joie de nous caresser, de nous respirer l’un l’autre ; de nous enivrer de salive, de sueur, d’émanations du désir, du plaisir et de larmes d’extase ». L’écriture rend compte de cela. L’auteure décrit la beauté de deux âmes unies à jamais l’une dans l’autre. Dans son cœur, Driss est éternel. Ses caresses, son sourire, son regard, les émotions qu’il lui fit ressentir ; tout cela est éternellement inscrit en elle. A jamais."


Jean Zaganiaris, Enseignant chercheur CRESC/EGE Rabat  (Cercle de Littérature Contemporaine) .

22/11/2015

Siham Bouhlal a accordé un long entretien en arabe à l'émission Thaqafa, sur la chaîne France 24.

06/11/2015

Les caméras de 2M ont suivi Siham Bouhlal au cours du Festival du Livre de Marrakech. Pour les non-arabophones : des éloges de bout en bout, bien évidemment !

23/10/2015

Cet article, paru récemment dans la version papier de La Vie Éco et désormais accessible sur le web, est une très belle porte d'entrée vers le roman de Siham Bouhlal. Venez donc la rencontrer au Festival du Livre de Marrakech !

 

 

 

"Et ton absence se fera chair : un roman anti-deuil"

 

 

« Ceci est une autre histoire de deuil impossible. Celle d’une jeune femme qui croit avoir aimé comme personne, qui pense sa perte incomparable et sa douleur unique. La littérature dédiée au deuil séduit rarement le lecteur qui préfère d’autres émois, moins lourds ou amères. Mais ce récit prend tout son intérêt lorsqu’on apprend qu’il nous plonge dans l’intimité, évidemment méconnue, d’un illustre personnage. Car le roman est une autofiction qui s’inspire de la romance vraie vécue par Siham Bouhlal et son compagnon Driss Benzekri. Un grand homme que l’on a connu militant, fort, endurant, bravant la prison et l’injustice… et que l’on découvre sensible, sensuel, amoureux, puis malade, fragile, agonisant et mort… Une intrusion quelque peu embarrassante dans ce qui aurait pu être omis, mais que Siham Bouhlal a dévoilée sciemment, avec l’audace qui caractérise ses écrits. Mais l’auteure ne s’est pas arrêtée aux détails charnels. Elle a partagé les convictions du défunt, ses positions qui n’ont pas toujours fait l’unanimité. Un moyen de rendre hommage à son combat pour les valeurs en lesquelles il croyait.

 

Exorciser le deuil

 

Au fil des pages, l’on se rend prisonnier du tourment de la jeune femme, de ses souvenirs récents et lointains, ainsi que de son refus de tourner la page. Lorsque ses amis lui conseillent de reprendre sa vie en main, on les remercie vivement d’essayer de la secouer en espérant les voir réussir à l’extirper à sa tristesse. Non que le personnage soit dépressif ou assommant, mais que leur effort est bien constant. 

Mais l’on comprend également la lutte acharnée du personnage contre l’oubli et la résignation. Car faire son deuil suggère un renoncement et une acceptation d’un fait évident, inéluctable, impossible à combattre.

 

Poésie entre les lignes

 

De cette frustration et ce sentiment d’incompréhension naît cette volonté d’écrire. L’acte d’écriture tend à exorciser sa souffrance en la couchant sur papier, ce qui en fait un acte thérapeutique en soi. Roland Barthes ne disait-il pas dans son Journal de Deuil«La dépression viendra quand, du fond du chagrin, je ne pourrai même pas me raccrocher à l’écriture» ? Aussi, l’on comprend l’entêtement de l’endeuillé, son invocation obsessionnelle des souvenirs de l’être perdu, la perte, sa culpabilité de continuer d’exister malgré la disparition de l’autre. Tout cela fait du roman de Siham Bouhlal un acte militant contre la normalisation avec la mort…

 

Siham Bouhlal est d’abord poétesse, maintes fois publiée aux éditions El Manar. Elle a, depuis toujours,  intrigué par son style sensuel, voire érotique dont elle ne s’est pas défaite dans ce premier roman. Par ailleurs,   on y retrouve sa maîtrise parfaite des mots et des sens qu’elle brode avec élégance et poésie, sans rimailler ou verser dans une prose à la guimauve. Car l’on reproche souvent aux poètes qui se convertissent au roman de se laisser aller à l’ivresse des mots, aux métaphores interminables, parfois inintelligibles, ou d’adopter une cadence  menaçant la trame livresque. Autant dire que Et ton absence se fera chair est un roman très bien écrit. Lors d’un entretien Siham Bouhlal nous confie qu’il lui aurait fallu sept ans pour finir son manuscrit, pour raccorder les berges de la blessure et ôter enfin ce noir qu’elle gardait au fond d’elle-même. Elle l’aura fait de la plus belle des manières. Puisse-t-elle enfin trouver la paix. »


Fedwa Misk

13/10/2015

Lorsque l'on reçoit des critiques aussi flatteuses et détaillées que celle de Bettie Rose, on se dit - dans un élan d'enthousiasme désordonné - que l'édition est le plus beau métier du monde.


« Quand les éditions Yovana m’ont contacté pour me proposer cette lecture, je n’étais vraiment pas certaine que ce soit pour moi. J’avais peur qu’on y parle trop politique (et il n’en est rien), mais j’avais vraiment envie de m’ouvrir à cette lecture et je peux vous dire que je ne regrette pas une seule seconde, c’est une pépite, un joyau sculpté à base de mots, de lumière et d’amour…Ma chronique aujourd’hui va être un peu différente car je ne vais pas vous parler d’intrigue, de personnage, de rythme…ce n’est pas ce dont il est question aujourd’hui.

Et ton absence se fera chair est un livre sur l’amour, la fusion, la lumière, la sensualité, la pureté des sentiments, la perte, la douleur, le deuil, le manque. Nous lisons une histoire à la senteur de thé à la menthe, à la douceur des caresses des amants.  Siham le dédie à son amour « A toi Driss Benzekri, voici notre histoire, romancée ou bien rêvée ».

Et ton absence se fera chair ce sont les mots sublimes et parfaitement combinés d’une femme qui aime et souffre de la perte de l’homme avec qui elle partageait cet amour passionnel. Son écriture est douce, poétique, chaude, sensuelle et charnelle. Elle nous entraîne dans un tourbillon d’émotions…Elle ne se contente pas de raconter leur histoire, elle lui rend hommage. C’est un hommage à l’homme qu’elle aime et dont l’absence lui est toujours intolérable, c’est une déclaration d’amour à la poésie merveilleuse.

J’ai dévoré ce livre en une soirée, subjuguée par la magie des mots, ébahie par tant de lumière, d’amour, de sensualité. J’ai aimé connaitre un peu Siham bien sûr et le tableau qu’elle nous peint de Driss. Mais jamais nous n’entrons dans du voyeurisme, jamais nous entrons dans ce qui ne regarde qu’eux. Driss œuvrait pour les droits de l’homme au Maroc, c’était un homme bon et courageux. Siham l’aimait pour ça mais pas seulement. C’est son âme qu’elle chérit, qu’elle embrasse autant que sa chair a pu l’être de son vivant. Elle alterne les moments de présence, de vie avec ceux d’absence, de la mort et du deuil. Leur amour est beau, autant physique, charnel, sexuel, sensuel qu’intellectuel et poétique.

Je m’excuse pour cette chronique décousue, mais mes mots ne sont pas à la hauteur de la poésie et des maux de Siham. Cette lecture va rester gravée dans mon cœur longtemps et je vous invite vraiment à découvrir cette pépite, faites connaître ce livre, c’est si beau…De la lumière dans les ténèbres du deuil.


 

Un livre hommage, une déclaration d’amour plus que sublime, une écriture douce, poétique, sensuelle et charnelle. Un deuil intolérable où priment les souvenirs de douceur, lumière, sensualité et amour…Une fusion amoureuse touchée par la tragédie et les sentiments de celle qui reste, un hymne à l’amour même après la mort. Merci Siham Bouhlal de savoir si bien écrire et de nous toucher en plein cœur. »

05/10/2015

 

Merci à Jacky Essirard pour cette critique très sensible sur Babelio.

 


« 
Le premier livre du catalogue de cette jeune maison d'édition est né sous le signe de l'amour passion. Après avoir écrit plusieurs recueils de poésie sur le bonheur d'être amoureuse et la douleur de l'absence, Siham Bouhlal se confie dans un récit passionné où se mêlent l'Amour, la mort, la poésie, le combat politique, les droits de l'homme et des femmes. 
Siham Bouhlal a été la compagne de Driss Benzekri, homme politique marocain, grand humaniste, décédé en 2007 à 56 ans des suites d'un cancer. Incarcéré à 24 ans pendant 17 ans, en 2003 le roi Mohamed VI le charge de faire la lumière sur les violations des droits de l'homme au Maroc de 1960 à 1999 en le nommant à la tête de la Commission nationale pour la vérité, l'équité et la réconciliation. 
Dans ce livre elle explore différents domaines. Allant de la présence à l'absence, elle marche sur le fil qui sépare la vie de la mort, accompagnant Driss dans son dernier combat, cherchant à savoir pourquoi et comment la disparition d'un être aimé peut s'inscrire dans le corps et y créer une sorte de mémoire vivante de l'absent, tant de ses paroles, de ses actes et de ses sentiments. «Ton absence semblait me prendre par le cou comme un amant à l'improviste … » 
Ce livre est une célébration, un hymne à l'Amour intellectuel et physique. On y croise un homme et une femme dans leur vérité quotidienne, leurs échanges d'idées notamment sur le Maroc berbère d'avant l'Islam, la langue amazigh, les droits de l'homme. Des dialogues rapportés au présent, des poèmes, quelques interventions d'amis rythment le flux continu des phrases de Siham dont nous connaissons l'écriture précise et sensuelle.
En évoquant Driss et Siham, et la tragédie qui les a frappés, on pense à l'amour dévorant de Qays pour Leyla, à la fusion amoureuse qui unifie, l'amant, l'amante et l'amour et transcende leurs vies humaines. 
Le livre est beau, les éditeurs ont choisi une présentation qui en fait une sorte d'écrin pour l'histoire qu'il contient. On le relit pour trouver ce qui le rend aussi proche de nous et nous fait partager le deuil de Siham Bouhlal. Peut-être est-ce simplement une voix commune dans la douleur et l'espoir, malgré les accidents de la vie, de n'être jamais complètement seul. »

01/10/2015

Siham Bouhlal présentera Et ton absence se fera chair à l'occasion du tout nouveau Festival du Livre de Marrakech parrainé par Patrick Poivre d'Arvor, les 24 et 25 octobre prochains. Elle partagera notamment une table ronde animée par Touria Ikbal avec Mohamed Bennis, Yassin Adnan et Abdelghani Fennane. Attention, contrairement à ce qu'indique le programme, la table ronde aura lieu le dimanche à  11h30 !

01/09/2015

Les Éditions Yovana seront invitées au festival d’arts organisé par Chansonyme, proposant ses ouvrages ainsi que des lectures de textes.

Dans le cadre magique du Château de Potelières (Gard), Chansonyme présentera le 12 septembre 2015 de midi à minuit :

  • Un bouquet de chansons françaises inédites (cinq spectacles différents) ;

  • Des expositions d’arts : peinture, sculpture, art floral, etc. ;

  • De la danse et de la littérature ;

  • Un jardin gastronomique propice aux rencontres artistiques et aux découvertes gustatives.

Le Chili, représenté par Catalina Claro, sera son invité d’honneur.